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Les Sorcières de Charing Cross  PV 

Le monde, la nuit, était vidé de ses couleurs. Le Chemin de Traverse n’était plus très fréquenté, la plupart des boutiques ayant fermé depuis une bonne heure, tandis que l’Allée des Embrumes comptait de plus en plus de sorciers malfamés. On y retrouvait des personnes louches vendant des produits sous le manteau, on distribuait des tracts de propagande qui devaient être d’un autre temps, des pauvres gens n’ayant plus que la peau sur les os, faisant de leur mieux pour se maintenir et acceptant tout pour ne pas s’écrouler sur le trottoir, même ce qui était loin d’être dans le champ de la morale. Mais personne n’y faisait attention. L’Allée des Embrumes était un endroit où l’on était pour ses propres affaires, où l’on ne se souciait que de soi, généralement. C’était dans le meilleur des cas la rue de la honte, et dans le pire, la rue du crime.

Une silhouette encapuchonnée sortit de Drigus & Co., baissant la tête. On ne voyait pas son visage sous ce large vêtement noir, seule sa bouche pouvait être aperçue, si l’on prenait la peine de bien regarder. La personne accéléra le pas, ne souhaitant guère être vue. Une vieille sorcière comme se l’imaginent les moldus, au nez crochu plein de verrues, les cheveux gris, tombant par paquets, et les dents noires ou manquantes, posa sa main sur l’épaule de cette longue silhouette noire. La personne s’arrêta aussitôt, calme, ne daignant pas faire le moindre geste pour cette pauvre créature.


« Macaron foudroyant, clafoutis au curare ? »

On ne vit sous la capuche de l’individu qu’un petit sourire se dessiner. Une baguette d’une couleur frisant le blanc sortit de nulle part à une vitesse hallucinante, et était désormais pointée droit sur la vielle sorcière. Toujours de profil, l’individu en noir ne prit pas la peine de faire le moindre geste supplémentaire.

« Si vous tenez à votre main, je vous conseille de l'ôter de moi... immédiatement. »

C’était une voix de femme, calme, claire, qui ne trahissait aucune espèce d’émotion, excepté peut-être un soupçon de dégoût. C’était la voix de la directrice de Poudlard. Un rire retentit, puis il se transforma en toux grasse et répugnante. La vieille sorcière, manquant de s’étouffer, fut obligée de retirer sa main. Kristen Loewy en profita pour s’éloigner, et lorsqu’elle fut seule au coin d’une nouvelle rue, elle transplana.

Elle ne réapparut pas très loin, dans une rue parallèle à celle du Chaudron Baveur. Elle ôta sa capuche, secoua la tête afin de remettre ses cheveux en place, et sortit de l’ombre. Elle toqua à la porte du Chaudron Baveur et l’on vérifia son identité à travers une petite ouverture. Celle-ci se referma d’un coup et la porte s’ouvrit après un cliquetis de serrure.

Un vieux bossu s’inclina en lui cédant le passage, chuchotant respectueusement : « Madame Loewy » et referma derrière elle la porte de l’auberge. Kristen inclina la tête en signe de salut et s’avança vers une table libre où elle pourrait être tranquille. Après avoir commandé un soda au gingembre – ginger ale -, elle sortit son petit carnet de moleskine noire ainsi qu’un fin critérium. Depuis quelques temps, elle s’attelait à écrire, plus pour elle-même que pour être publiée – sur les différentes magies. Puisque ces mots n’étaient probablement destinés qu’à elle, Kristen s’était autorisée la fantaisie de titrer son carnet « Magie : Par-delà le bien et le mal », ne faisant guère attention au manque d’inspiration dont elle avait fait preuve. Elle avait cette sensation que pour que son point de vue sur la maîtrise des magies soit plus cohérent et surtout plus acceptable, il devait être clairement exposé par écrit. Quand on lui apporta sa boisson, elle releva la tête, remercia vaguement le serveur, et vit une jeune fille qu’elle était certaine de connaître de vue. Son visage lui évoquait celui des Luneau. Le regard de la directrice chercha quelque confirmation, mais son esprit finit par revenir à son carnet. Trop occupée à penser à Aude Luneau la journée, elle préférait s’accorder une pause spirituelle – son esprit devait lui jouer des tours, et elle voyait désormais son visage partout. Elle but une gorgée de soda au gingembre et griffonna quelques mots sur une page.

Quelques minutes plus tard, alors qu’elle relevait la tête à la recherche du meilleur moyen pour formuler une phrase, elle vit la jeune fille se diriger vers le comptoir. Kristen la suivit discrètement du regard, à moitié dans son travail, à moitié dans d’autres pensées. Quand elle vit la jeune fille s’approcher de sa table, elle ferma son carnet dans un claquement, s’apprêta à le ranger dans son sac et à se lever.


« Bonsoir, professeur. Je ne m’attendais pas à vous voir ici. Je n’ai pas pu m’empêcher de venir vous saluer, dit-elle. »

La directrice de Poudlard releva les yeux, comme surprise en plein mouvement, et inspecta la jeune fille pendant une demie seconde. C’était bel et bien Sybille Luneau, apparemment nièce des directrices de l’Académie française de Magie. Elle avait des cheveux blonds et des yeux bleus, semblait plus athlétique qu’Aude et Constance Luneau, un peu moins dans le cliché de Beauxbâtons, finalement. Kristen prit le pari de faire de cette rencontre fortuite une occasion d’en apprendre plus sur cette étrange famille que formaient les Luneau. Elle offrit un demi-sourire à la blonde et se leva de sa chaise. En lui tendant la main, elle dit doucement, dans un français à peine accentué :

« Bonsoir, Mademoiselle Luneau. Pour tout vous dire, je ne m’attendais pas non plus à croiser une élève de Beauxbâtons ce soir. À cette heure, vous pourriez tomber sur n’importe qui. »

Son regard vrilla sur un vieil homme attablé plus loin, dans un coin à l'ombre, entouré par une muraille de pintes vides, les yeux cernés et le crâne chauve. Il avait l'apparence de celui que l'on n'aimerait pas croiser dans la rue après le coucher du soleil.
Dernière modification par Kristen Loewy le 24 janvier 2016, 20 h 05, modifié 1 fois.

~ Draco dormiens nunquam titillandus.~
"You're a broken fence in the yard of annoyance."

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Je me tenais debout devant cette grande dame sans savoir quoi faire et quoi dire d'intelligent, prise au dépourvue par ma propre initiative. Comme si une partie de mon être s'était attachée à croire qu'elle ne daignerait même pas me répondre. Une grave erreur qui risquait de me noyer dans le ridicule, si je ne trouvais pas un moyen d'inverser la vapeur. L'illumination me vint en tripotant nerveusement les fioles logées au fond des vastes poches de mon manteau d'hiver. Fioles que je venais tout juste de me procurer et qui justifiaient, à elles seules, la raison de ma présence en ce lieu. Leur contact lisse et froid me rappela une leçon de mère : sois lisse comme le verre pour ne jamais froisser personne, et ne laisse jamais ton esprit s'échauffer car froides sont nos pensées. Grâce à ce précepte, je retrouvais un peu de ma contenance et m'armais de mon plus beau sourire en regardant mon interlocutrice droit dans les yeux.

« Personne n'oserait s'en prendre à moi par les temps qui courent, dis-je avec toute l'assurance que j'étais capable de mobiliser à cet instant. Qui risquerait de se mettre à dos Poudlard et Beauxbâtons, et par extension les ministères de nos deux pays ? Non, je ne vois vraiment personne d'aussi inconscient. Je me sens en sécurité ici. Peut-être même plus que chez moi. »

Ce n'était pourtant pas mon ressenti quelques instants plus tôt, quand j'entrais dans cette salle en quête d'une receleuse dont j'avais obtenu le nom et le point de chute après bien des déboires dans cette immonde " Allée des Embrumes. " La veuve noire, tel était le doux nom sous laquelle elle agissait en toute illégalité, m'attendait, probablement prévenue de mon arrivée par l'une de ses nombreuses petites " araignées. " A mon passage au comptoir, l'aubergiste m'indiqua une table sous l'escalier. La pénombre y régnait tant et si bien qu'il me fallut un moment pour distinguer celle que j'étais venue trouver. Assise dans un angle, elle m'invita à m'asseoir d'un geste de la main. Dès lors, la peur accompagna chacun de mes mouvements, chacune de mes prises de parole, comme si une épée de Damoclès était suspendue au-dessus de ma tête et menaçait de me fendre en deux au moindre faux pas.

Notre échange dura à peine plus de cinq minutes. Cinq longues minutes durant lesquelles je me sentis transit de froid par le simple contact de son regard sur ma peau. Ce n'est qu'au terme de notre marchandage que la peur se défit de moi, ma bourse allégée d'une somme rondelette, mais les poches remplies de ce qui m'était nécessaire. Un doute subsistait pourtant. Le professeur Loewy avait-elle entrevu quoi que ce soit de cette transaction ? Si oui, je devais en avoir le cœur nette. Tout de suite.


« C'est un honneur professeur, un véritable honneur de pouvoir vous rencontrer enfin, ajoutais-je en saisissant sa main, étonnement, gantée. Vous venez d'arriver ? Il ne me semblait pas vous avoir vu en entrant toute à l'heure. »

Une angoisse nouvelle se propagea dans ma poitrine et finit par étreindre mon cœur. De la réponse que j'allais obtenir pouvait dépendre tant de choses, y compris la nature de cet échange. Le professeur Loewy avait beau être un modèle de réussite pour toutes les jeunes sorcières, et les lèvres m'en brûlaient de lui poser mille et unes questions sur son parcours, elle pouvait se transformer d'un instant à l'autre en une véritable menace pour mes petites affaires. Si tel devait être le cas, je devais me tenir prête. Prête à montrer mes crocs et à me défendre.

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Les paroles de Sybille firent naître sur les lèvres de Kristen un nouveau sourire amusé, qui ne disparut point. S’imaginer que l’on puisse considérer comme un honneur de la rencontrer « enfin » l’intriguait un peu : elle ne se figurait pas, à vrai dire, que sa réputation puisse s’étendre outre-manche et elle avait tendance à oublier la renommée qui allait de pair avec le poste qu’elle occupait à Poudlard depuis le début de l’année scolaire. Kristen jeta un œil sur sa chaise et ses affaires, avant de répondre aimablement à sa jeune interlocutrice :

« En fait, je suis arrivée il y a quelques minutes. Je croyais bien vous avoir vue, mais vous savez, depuis quelques temps, je me surprends à douter de plus en plus de ce que mes yeux veulent bien me montrer. »

Elle se permit un petit rire discret, qui s’apparentait à vrai dire plus à une expiration ravie, car il n’était pas dans l’habitude de Kristen Loewy de rire franchement. Elle avait l’air de ses japonaises qui retiennent le moindre rire sous une main gênée, mais dont les yeux trahissent l’amusement. Peut-être se doutait-elle intimement que son humour cinglant ne pouvait être pleinement apprécié que par elle-même. Très vite, donc, elle reprit son sérieux : c’était l’appel irrésistible de la pédagogie, le surgissement de la raison. Avec un air soudain grave, elle fixa la jeune blonde et dit comme une confidence :

« Par ailleurs, souvenez-vous que le propre des personnes cruelles est précisément qu’elles sont dépourvues de conscience, Mademoiselle Luneau. »

Les plus audacieux étaient en effet les plus dangereux, et les plus dangereux les plus audacieux, surtout par les temps qui couraient. Bientôt, les Gryffondor seraient plus à craindre que les Serpentard, le courage devenant un facteur de folie. Comme un véritable moulin à émotions, la directrice insista quelques secondes sur ce regard trop plein de sérieux, regard qu’elle faisait volontairement peser sur Sybille Luneau ; et finalement, son visage exprima une expression bien plus douce et détendue, tandis que son léger sourire réapparaissait.

« Mais je ne voudrais pas vous effrayer. Tant que je suis là, vous avez raison : vous ne risquez rien. »

Kristen ressentait à l’égard de cette jeune fille quelque chose de particulier. Comme son attitude l’avait d’abord démontré, elle donnait effectivement l’impression d’être bien différente d’Aude et Constance : plus naturelle, spontanée, finalement plus simple car sans doute moins attaquée par le temps et les épreuves qu’il apporte avec lui. La directrice de Poudlard ne ressentait pas vraiment cette méfiance caractéristique qu’elle éprouvait à la découverte de chaque nouvel individu qu’elle croisait. D’une manière générale, Kristen était moins hostile aux jeunes, qui avaient le privilège de pouvoir encore apprécier ce qu’ils vivaient. C’étaient eux, les « hommes forts », les seuls êtres encore en mesure d’accepter l’idée d’un éternel retour. C’est l’aigreur de l’âge qui corrompt les hommes ; c'est le comique de répétition de la vie qui les use.

« Vous voulez vous asseoir, boire quelque chose ? »

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A mon grand soulagement, mes crocs restèrent tapis dans l'ombre pour le reste de la soirée. Le professeur Loewy n'avait pas la moindre idée de ce que je faisais ici ou tout du moins le cachait-elle merveilleusement bien ; ce dont je doutais, à constater l'expressivité de son regard posé sur moi. Ce n'était pas le regard de quelqu'un qui avait quelque chose à me reprocher. Plus détendue maintenant que je savais sur quel pied danser, je me plongeais corps et âme dans la contemplation de son regard par moment si chaleureux et par d'autres si froid. Habituellement, il ne m'était pas difficile de cerner une personne en relevant simplement les nuances dans l'intensité de son regard dans telle ou telle situation. Mais contre toute attente, le professeur Loewy n'entrait clairement pas dans ce moule. Son regard était insondable. Je n'y distinguais rien, rien qui pouvait me mettre sur la piste d'une émotion. Pas même la plus évidente d'entre elles : l'intérêt. Au-delà des propos qu'elle tenait à mon égard, avait-elle seulement une once de curiosité pour la personne que j'étais ? Je ne pouvais trancher la question ni l'éluder. Son invitation sonna comme une consolation au plus fort de mon questionnement.

« Volontiers professeur, répondis-je en prenant place à sa table. Un thé fera bien l'affaire, merci. »

Je me défis de mon manteau et l'accrochais au dossier de ma chaise pour me mettre à mon aise. La chaleur ressentit sous mon manteau de laine se dissipa en un instant. La fraîcheur relative de la pièce fit hérisser les poils duveteux sur mes bras nus. Un rapide coup d’œil vers la cheminée termina de rétablir un équilibre précaire entre ces deux sensations. La vue des flammes crépitantes ne réchauffait-elle pas le cœur ? Certains le croyaient dur comme fer. Moi, un peu moins.

« Je ne sais pas si vous en avez conscience professeur, mais le récit de vos aventures dans les journaux français ont fait de vous une véritable héroïne pour toute une génération de sorcières, dis-je, mon regard happé par les panaches de flammes. Pour beaucoup de ces filles vous incarnez le courage et la détermination. Beaucoup aimeraient avoir le dixième de votre force d'esprit. »

Je ramenais mon attention sur cette femme à laquelle tant de personnes cherchaient à s'identifier et me surprenais à me demander ce qu'elle était réellement, au-delà des mots et des apparences. Quelles étaient ses motivations ? Comment était-elle arrivée à ce point culminant de sa carrière ? Qu'est-ce qui la distinguait tant des autres ? Et au fond, qui connaissait réellement Kristen Loewy ? J'avais le sentiment que personne n'était en mesure de répondre à cette question et que je n'en serai pas plus avancée au terme de cette discussion. J'avais face à moi un personnage pratiquement mystique, qui faisait naître en moi le désir fou de gratter sous la carapace pour tenter de deviner ce qui se cachait en dessous.

« Certaines personnes paieraient cher la place que j'occupe présentement face à vous, ironisais-je. Mais ils repartiraient probablement déçus de ne pas avoir percé votre secret. Ce qui ne sera pas mon cas ce soir, je vous rassure. »

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Kristen observa avec un regard songeur la jeune élève de Beauxbâtons s’asseoir face à elle, déposer bien sagement son manteau sur le dossier de sa chaise et commander son thé à un serveur qui passait par là. Sa joue posée sur deux doigts de sa main droite, tandis que son autre main était occupée à pianoter du bout des ongles le bois de la table : elle avait l’attitude d’une personne tout à fait pensive. Kristen suivait le moindre des faits et gestes de Sybille Luneau comme un chercheur observerait le comportement d’une créature inconnue. Lorsque l’élève se fut bien installée, celle-ci porta son attention sur le feu, qui semblait être pour elle une source de réflexion – comme il l’était, d’ailleurs, pour Kristen.

A mesure que la jeune blonde parlait, le sourire amusé de Kristen se dissimulait de moins en moins bien. Au final, elle ne put s’empêcher un nouveau rire expiré, qu’elle cacha une nouvelle fois derrière une main timide. Les jeunes de nos jours avaient de bien drôles de modèles. Jamais la simple idée de se faire l’héroïne de jeunes sorcières ne lui aurait effleuré l’esprit. Les journaux, décidément, pouvaient faire croire aux esprits crédules à peu près tout et n’importe quoi. Si Kristen avait toujours suivi le chemin qui lui semblait être le plus juste et avait souvent tenté de se maintenir sur la voie de la droiture, elle n’était pour autant pas prête de se considérer comme un exemple à suivre.

La directrice de Poudlard tenta de conserver tout son sérieux de grande personne en cachant autant que faire se pouvait son sourire, quand la jeune fille fit glisser son attention de l’âtre de la cheminée jusqu’à Kristen. Sybille Luneau continuait à parler, et Kristen, toujours avec cet amusement certain, hochait très légèrement la tête au rythme de ses intonations. Les yeux de la directrice étaient plissés dans une ironie légèrement condescendante, qui se transforma, au final, en une espèce de tendresse touchée. Sans daigner répondre immédiatement, elle but les trois dernières gouttes de boisson abandonnées au fond de son verre, et reporta lentement – trop lentement – son regard vers la jeune fille, la fixant tout à fait d’un regard perçant, amusé et presque empreint d'une légère admiration. Elle se pencha en avant, posa son coude droit sur la table et son menton sur son poing fermé. Avec un petit sourire en coin, elle dit d’une voix douce :


« Vous êtes sans doute l’une des personnes les plus sensées qu’il m’ait été donné de rencontrer depuis bien longtemps. »

Elle baissa les yeux sur son verre et y porta son index, faisant un petit dessin ne représentant rien sur la fraîcheur mouillée de l’objet. Son sourire se dissipa progressivement et son visage prit une moue songeuse. De tous les adultes grandioses, pleins de pouvoirs qu’elle avait pu rencontrer avec le Tournoi des Trois Sorciers à Poudlard, c’était bien cette élève, Sybille Luneau, qui semblait être la personne ayant le plus la tête sur les épaules – à moins que cette apparence qu’elle avait ne fût qu’une tromperie de plus. Kristen soupira du souvenir de cette lassitude, cette déception quasi-permanente dans ses relations humaines.

« Pour être tout à fait honnête, je suis fatiguée de ces vulgaires discoureurs qui ambitionnent d’en savoir plus sur moi. Il n’y a pas grand-chose à dire, si ce n’est que je m'efforce de suivre la voie du devoir, peu importe le prix qu'il en coûte. S'il faut leur apprendre que là est la clé de tout succès, quelle perte de temps ! »

De plus en plus, cette affirmation devenait son crédo, sa ligne de conduite : « je fais, parce que je dois ». Le devoir était devenu pour elle une finalité, et le "bien commun", un objectif lumineux. Kristen releva la tête en soupirant, et noya ses yeux dans ceux de la jeune fille.

« Enfin ! Vous savez, j'ai eu l'honneur d'entretenir de très enrichissantes conversations avec... votre tante - c'est cela ? - à vrai dire, je la trouve... captivante. »

Les yeux de la directrice de Poudlard pétillaient comme rarement ils le faisaient, car elle évoquait là un sujet qui lui semblait ambigu. Kristen était à la fois intriguée et touchée par Aude Luneau, qui l'attirait étrangement, lui rappelant beaucoup de ce qu'elle avait été. Aude Luneau était une des rares personnes pour qui elle ressentait autre chose que de l'indifférence, avec qui elle souhaitait créer quelque chose, nouer un lien. D'un autre côté, elle ne pouvait s'empêcher de penser que ses intentions n'étaient pas forcément bonnes, ce qui, même si elle s'y attendrait, la décevrait sincèrement.

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Les réactions du professeur Loewy m'arrachèrent un sourire. Entretenir un mystère était beaucoup plus difficile que d'en être un soi-même. J'en savais quelque chose et Kristen Loewy aussi, visiblement. Au fond, je commençais à comprendre que la femme que j'avais devant moi était infiniment plus complexe que ce qu'en dépeignaient les journaux. Les légendes avaient beau lui attribuer bien des mérites et bien des qualités, ce qu'elle était devant moi n'était pas un mythe, mais une réalité d'autant plus touchante qu'elle m'évoquait quelque chose de plus fort. Quelque chose de plus captivant qu'une simple image d'héroïne. Je réalisais que le professeur Loewy partageait en fait le même idéal que Mère. Un idéal qui ne se souciait pas le moins du monde de plaire ou de déplaire, mais qui courrait après une nécessité absolue, une volonté d'équilibre des forces. Je saisis la coupelle sur laquelle avait été déposée mon thé noir à la bergamote et portais la tasse à mes lèvres sans lâcher le professeur Loewy du regard.

L’évocation aurait pu me déstabiliser mais, ma position et les informations que tante Aude m'avait communiquées m'aidant, je conservais toute mon assise sur la situation. Il était inutile – cela tante Aude me l'avait bien fait comprendre – de jouer au plus malin avec le professeur Loewy, inutile de feindre la vérité, quand celle-ci était déjà en sa possession. Feindre de ne pas comprendre me coûterait cher. Aussi ne me restait-il qu'une seule et unique issue, celle que Mère privilégiait quand la situation s'y prêtait : reconnaître l'inévitable et faire comme si tous les parties en présence possédaient les mêmes informations. Sans égaler le talent de Mère pour cette manœuvre, je reposais ma tasse de thé sur sa coupelle en porcelaine et souriais de plus belle. Kristen Loewy savait. En partie. A mon tour de lui montrer que je savais également beaucoup de choses.


« Elle l'est autant que vous l'êtes, répondis-je avec fraîcheur. A vrai dire, je trouve que vous vous ressemblez beaucoup. »

La ressemblance paressait d'autant plus frappante maintenant que ma réponse semblait lui avoir donné vie. Tante Constance était un ersatz de tante Aude. Une malfaçon qui n'était pour autant pas dénuée de qualités. Des qualités dont tante Aude manquait cruellement par moment. Mais rien ne pouvait toutefois surpasser l'intérêt que je portais à cette dernière. Voir tante Aude évoluer sous mes yeux équivalait à voir un rêve prendre vie. Beaucoup de personnes s'y méprenaient à les voir toutes les deux sur la même estrade. Tante Aude était la véritable meneuse du duo indissociable qu'elle formait avec tante Constance. Elle était le cerveau, tante Constance n'était tout au plus que le bras provocateur. Celui qui brassait beaucoup plus d'air qu'il ne collait de véritables gifles. Tante Aude était l'idéal auquel, secrètement, tant de sorciers et de sorcières aspirait. Elle était belle, si magnifique, et si brillante, et mystérieuse. Elle était pour moi comme un trésor, un écrin somptueux et fragile pour qui on ne pouvait éprouver que de l'admiration ou de la compassion. Rien de plus, rien de moins.

« Elle m'a beaucoup parlé de vous. En de très bons termes, je vous rassure. Votre rencontre a fait souffler un vent de fraîcheur sur ses pensées. Une chose qui n'était plus arrivée depuis, croyez-moi, très longtemps. »

Les mots que je voulais prononcer me brûlaient la langue. Mon cœur menaçait de fendre ma poitrine sous le coup de cette vive émotion qu'était l'espoir.

« De tout cœur, je vous remercie. Tante Aude se sentait si seule avant votre rencontre. »

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Sybille Luneau ne comprit probablement pas l’impact de ses paroles sur Kristen, dont les yeux s’éveillèrent et qui se mordit les lèvres, tentant de dissimuler son émotion. C’était nouveau, tout cela, pour elle aussi. Si elle partageait certaines choses avec quelques rares personnes, ces relations-là étaient si malsaines qu’elle ne pouvait décemment ressentir la moindre émotion positive en y pensant – et pour les autres êtres humains qu’elle côtoyait, elle ne savait même pas si elle pouvait parler de relation tout court. Il s’agissait davantage de contacts fugaces, parfois assez plaisants, mais qui étaient la plupart du temps gâchés par le sceau du secret que Kristen se forçait à maintenir en permanence. Lorsque l’on a de si lourds secrets, les garder pour soi est non seulement moralement difficile, mais aussi physiquement épuisant.

Kristen tourna la tête, fixa le sol d’un air absent en se passant mécaniquement les doigts sur la joue. Elle esquissait un petit sourire sincère et reporta son attention vers Sybille avec un air animé. Elle se tenait droite, les deux mains l’une sur l’autre sur la table, et ne pouvait se résoudre à adopter à nouveau une posture limite négligée et sournoise qui la caractérisait lors des situations qui l’ennuyaient. Lorsque Sybille la remercia avec toute l’énergie que son petit cœur pouvait y mettre – du moins c’est ce qu’il sembla à Kristen – la directrice de Poudlard ouvrit de grands yeux et haussa un sourcil. Elle ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit avant quelques secondes.


« C’est… à vrai dire, je ne m’attendais pas à ce qu’elle vous ait tant parlé de moi. »

Et en bien, en plus. Kristen avait senti que quelque chose s’était créé le soir du bal de Noël, mais elle ne parvenait toujours pas à réaliser, elle qui avait longtemps – trop longtemps – vécu dans la solitude et l’indifférence. Elle plongea son regard dans celui de cette jeune fille et laissa quelques pensées naître dans son esprit. Son sourire s’effaça alors et ses yeux perdirent de leur éclat, alors qu’elle les baissait légèrement.

« Vous avez l’air de beaucoup l’aimer. Elle a de la chance de vous avoir. »

Ce constat plongea un peu plus Kristen dans le gouffre de sa solitude : qui pouvait bien se soucier d’elle comme le faisait cette jeune fille pour sa tante ? De famille, elle n’en avait pas – ou plutôt elle n’en avait plus. Ses parents la haïssaient probablement, son ex-fiancé, probablement le dernier en date à s’être sincèrement soucié d’elle, c’était elle qui avait coupé les ponts, et on faisait croire à son propre fils qu’elle l’avait laissé parce qu’elle avait mieux à faire ailleurs, on l’empêchait de le voir et elle, terrassée, s'était sentie incapable d’y faire quoi que ce soit. C’était à lui qu’elle pensait, plus que tout. Elle avait perdu son élan, sa motivation pour tenter de se sortir de ce cercle vicieux. « Personne ne peut me comprendre, donc je suis seule, je suis seule, donc personne ne peut me comprendre, donc je suis seule… » quand elle avait appris la vérité sur sa propre personne ; et cela n’avait pas de fin. Pas tant que quelqu’un ne venait pas briser ce cercle en vous comprenant, enfin, ce qui semblait actuellement arriver – mais la lumière dans ces ténèbres lui paraissait encore faible, fragile, incertaine surtout : Kristen était encore capable de tout renverser, car Aude en savait encore bien peu sur elle.

Cette lueur d'espoir avait une espèce d'effet bizarre sur elle, car elle la sortait de ce monde irréel où tout lui passait au travers. Elle sentait que sa situation n'était pas normale, qu'il fallait y remédier. Avant, elle acceptait qu'on la laisse éloignée de sa famille, s'étant rendue à l'évidence, mais elle sentait désormais qu'elle devait s'insurger - ce qui était aussi douloureux.

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J'accueillis la réaction que j'attendais tant de voir par un vibrant sourire. Ça y est ! Le masque de la célèbre Kristen Loewy venait de se fissurer. Avec la rapidité d'un guépard, mes yeux s'échinèrent à capturer le moindre tressaillement sur son visage : le mouvement de ses yeux, la lumière qui les habitait, le pli aux coins de ses lèvres, les sourires qui en découlaient, les contractions de sa mâchoire, tout. Mais rien ne fut plus évocateur que sa dernière phrase. Le silence tomba aussi sec alors que je la regardais abaisser légèrement ses yeux. Qu'avait-elle voulu insinuer en ventant la chance de tante Aude ? Je ne le savais pas. Mon visage prit, sans que j'en ai totalement conscience, une mine coupable. Etais-je allé trop loin ? Avais-je touché une corde sensible ? Peut-être. La seule chose évidente à mes yeux, c'est que quelque chose avait irrémédiablement changé dans l'air ambiant ; si bien qu'il me paressait plus lourd que quelques secondes plus tôt. Je me sentais coupable. Comble de la chose, je me sentais coupable sans y trouver la moindre raison valable. Au fond, je regrettais d'avoir obtenu la réaction qui me manquait depuis le début de notre entretien... de toute évidence, le professeur Loewy avait toutes les raisons du monde d'être ce qu'elle était et je n'étais personne pour vouloir la connaître davantage au point de faire resurgir en elle des douleurs qu'elle réussissait habituellement à dissimuler.

Je déglutis, la tête bouillonnante de formules en tout genre. La meilleure qui me vint à l'esprit fut celle qui délia mes lèvres :


« Je l'aime comme une fille pourrait aimer sa mère. »

Mais aussitôt les regrets m'envahirent. Qu'avais-je laissé entendre ? Était-ce seulement moi qui avait réellement prononcé ces paroles ? Je n'en revenais pas. Je sentis mes joues s'enflammer de honte. Je me mordis la lèvre et tenta aussitôt de me noyer dans mon reste de thé noir à la bergamote. Rien n'y fit. Même après avoir vidé la tasse, je me sentais toujours aussi stupide et inutile. Un soupire discret m'échappa tandis que je posais un regard mi-craintif mi-attendri sur le professeur Loewy.

« Je suis sûre que vous aussi vous êtes aimée. Peut-être que vous n'en avez pas conscience – et ne croyez pas, d'ailleurs, que tante Aude sache quoi que ce soit des sentiments que j'éprouve à son égard – mais cet amour existe forcément quelque part. Regardez, moi... je ne vous parle que depuis quelques minutes, et je vous trouve formidable. Je n'ose imaginer ce que ressente celles et ceux qui ont la chance de vous côtoyer tous les jours. »

Le coup de chaud se volatilisa avec mes dernières paroles. Ne restaient plus que mes doutes quant aux interprétations que le professeur Loewy tireraient de tout ça et mon irrépressible souhait d'inverser la vapeur. Je devais l'amener à parler d'autre chose, mais de quoi ? Je ne savais rien d'elle. Quand bien même j'avais réussi, bien malgré-moi, à lui arracher une émotion palpable, je n'avais pas la moindre prétention de connaître ses centres d'intérêt... encore moins de croire que je pouvais diriger la discussion dans la direction qu'il me plaisait. Quelle idiote j'étais. En avait-elle conscience ? C'est en tout cas ce que je ressentais à chaque fois que je croisais son regard et que je m'efforçais de sourire poliment. Ma tasse de thé vidée, je ne pouvais plus dissimuler mes émotions derrière une tasse en porcelaine. Je devais affronter le regard perçant d'une sorcière dont le degré de perspicacité était loin d'effleurer le zéro absolu.

Je me redressais sur ma chaise et ramenais une mèche de cheveux derrière mon oreille. Le moment était peut-être venu... je ravalais ma jalousie, tournais ma tête vers la cheminée, et lançais un regard en biais au professeur Loewy.


« Professeur, excusez cette question, mais il faut que je sache quelque chose... Comment avez-vous fait pour percer l'armure de ma tante ? »

Oui, comment avait-elle réussi ou je n'avais cessé d'échouer ?

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Comme une fille pourrait aimer sa mère. Ces mots résonnèrent un peu plus dans l’esprit de Kristen, qui retraçait encore et encore cette ligne qui la liait à son fils. Elle fit un sourire et expira de l’air en guise de petit rire attendri, mais elle ne sut pas si Sybille avait perçu son attendrissement : elle semblait trop occupée à plonger le nez dans sa tasse de thé. Kristen savait que c'était exactement cela que la jeune fille ressentait pour Aude, et c'était bien pour cette raison que la directrice avait jalousé cette chance qu'avait la directrice de Beauxbâtons. Les mots qui suivirent étonnèrent un peu plus Kristen : c’étaient des mots qu’elle n’avait encore jamais entendus, sûre d’être haïe, répugnée, parce qu’haïssable et répugnante. Penser que quelqu’un, quelque part, pouvait l’aimer encore, lui paraissait complètement invraisemblable. Si elle avait pu le mériter un jour, elle avait depuis tant péché que l’affection ne lui semblait qu’interdite. C’était un exil lent, discret, un exil qu’on ne désigne pas tout à fait, et d’autant plus douloureux. Sybille Luneau la trouvait apparemment formidable, mais elle ne la connaissait pas, elle savait ce que Kristen acceptait globalement de montrer. Ses secrets, ses hontes, cela elle n’en avait pas connaissance. Ce manque d’information chez la jeune élève de Beauxbâtons fit naître sur les lèvres de Kristen un nouveau sourire en coin, et elle secoua imperceptiblement la tête.

Après avoir gratté une poussière invisible sur la table, elle releva les yeux vers la jeune fille. Ses mots, qui lui semblaient tout à fait absurdes, avaient eu le mérite de la revigorer et de l’amuser un peu. Ce qui, pour elle, était une énormité incroyable, avait comme détendu l’atmosphère de son côté. Elle s’apprêta à répondre qu’au final, Sybille n’était peut-être pas si sensée que cela, mais la jeune fille reprit la parole, avec un air qui parut beaucoup plus sérieux.

La question semblait pour Sybille d’une importance capitale. C’était comme si la jeune fille n’avait pu, finalement, résister à la tentation de percer à jour un mystère qui enveloppait Kristen – ou du moins, ce qui lui semblait en être un, car en réalité, il n’y avait eu aucune espèce de calcul dans les actes de Kristen face à Aude Luneau. La directrice de Poudlard dévisagea son interlocutrice durant quelques secondes, cherchant dans ses yeux la signification de cette question, le cœur du problème. Elle choisit finalement de parler à cette jeune fille en toute honnêteté, car elle avait à cœur de lui répondre pleinement. Ce sujet lui semblait, à elle aussi, important ; et elle percevait que ce n’était pas une réponse évasive qui était attendue. Les toujours rivés sur ceux de Sybille, elle dit :

« Je n’ai rien fait. C’est arrivé. »

Kristen détourna le regard et en profita pour observer la pièce, qui se vidait de plus en plus. Elle n’avait presque pas conscience d’être ici avec une élève, tant la conversation était intéressante… Non pas que les élèves ne l’étaient habituellement pas, mais être dérangée pour – par exemple - demander la suppression du Quidditch, on avouera qu’il y a plus plaisant. La directrice reporta son regard sur Sybille.

« Je suppose que c’est d’ailleurs ce qui fait la valeur même de ce qui s'est passé, ajouta-t-elle avec un petit sourire. »

Parmi ceux qui avaient essayé de gratter pour connaître Aude Luneau, sans doute aucun n’avait réussi. On ne force pas ces choses-là, elles arrivent, c’est tout, ça se passe parce que cela doit se passer. En cela aussi, Aude et Kristen devaient être semblables.

« Vous l’avez dit vous-même : il semblerait que votre tante et moi nous ressemblions beaucoup. J’ai pensé que je pouvais la comprendre, au moins un peu. »

Kristen baissa les yeux. S’il y avait bien quelqu’un qui respectait l’adage « il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler », c’était elle. Elle mesurait ses paroles avec une minutie de technicien et utilisait les métaphores à son avantage ; établissant chaque structure avec un plaisir d'esthète.

« Mais je crois, Mademoiselle - et je vous prierais de m’excuser si je me méprends –, qu’il ne suffit pas de percer l’armure de votre tante. Il lui en faut surtout une nouvelle. »

~ Draco dormiens nunquam titillandus.~
"You're a broken fence in the yard of annoyance."

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J'ouvrais et refermais ma bouche, en quête d'une chose intelligente à dire. Mais rien n'en sortait. Les paroles du professeur Loewy me frappaient avec une force redoutable, me laissant à peine le temps de ranger consciencieusement chaque information sur son étagère. Je saturais. Mon souffle semblait me brûler la poitrine. Ma tête me faisait atrocement mal. L'évidence avait un goût amer. Malgré tous mes efforts, toutes mes tentatives, je n'avais pas réussi en seize ans ce que le professeur Loewy avait réalisé en quelques minutes. Tous mes bons et loyaux services n'avaient servi à rien en comparaison des bienfaits de leur rencontre. La tristesse me dévorait. La jalousie s'échinait à taillader mon cœur. Mais je tenais encore, assise sur cette chaise, face à une faiseuse de miracles pour qui mes sentiments se noyaient dans la confusion.

L'amour d'une mère n'avait pas de limites. C'est ce que prétendaient les légendes. Mais les légendes ne mentionnaient rien sur l'amour qu'une fille pouvait porter à sa mère. La chose n'en valait pas la peine. Pire, elle n'intéressait personne.

Le professeur Loewy avait réussi là où j'avais échoué. Le poignard glacé s'enfonçait toujours plus profondément en moi à mesure que la réalité dévoilait toute sa cruauté. C'est leur ressemblance, leur compréhension l'une de l'autre, et peut-être même l'empreinte d'une douleur semblable, qui avaient permis ce rapprochement chargé d'espoir. Au fond, mon défaut était de ne pas lui ressembler assez, peut-être même de ne pas lui ressembler du tout. Le même sang coulait dans nos veines, mais je commençais à comprendre que nous ne racontions pas la même histoire. J'en souffrais. Une souffrance que seul un amour sans borne pouvait infliger. Mais de l'autre côté de cette frontière, subsistait toujours une joie réelle, un soulagement sans égal, qui ne contribuait que plus à mon déchirement intérieur.

Après tout, peu importe la voie, du moment que Mère retrouvait la volonté d'exister. Au diable ma jalousie si les prémisses d'un bonheur pouvait encore la sauver ? Je frissonnais soudain, comme si un poing de givre venait de s'écraser contre mon ventre pour me punir de ma bêtise. La stupeur me saisit, honteuse que j'étais d'éprouver de la jalousie envers le professeur Loewy. Son innocence me frappa d'autant plus quand mon regard rencontra de nouveau le sien. Était-ce lui rendre justice que de jalouser sa réussite, alors que de cette dernière dépendait peut-être bien mon propre bonheur ? Quelque part, dans un coin de ma tête, ma conscience me hurla que non.

Je baissais les yeux, vaincue et opprimée par le poids de la culpabilité.


« Je ... »

Les mots se coincèrent dans ma gorge comme s'ils s'étaient agrippés à une toile d'araignée savamment placée. Il me fallut déglutir pour la déloger et permettre aux mots de trouver tout leur sens dans ma bouche.

« Je crois sincèrement, professeur, que vous êtes la personne toute désignée pour lui en forger une nouvelle. »

Je n'osais plus la regarder, de peur qu'elle ne lise ma détresse dans le blanc de mes yeux.

« Vous êtes la seule à pouvoir y parvenir avant qu'il ne soit trop tard... »

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La jeune fille semblait assez troublée par ce que disait Kristen – ce qu’elle eut du mal à comprendre. Elle parlait honnêtement et justement, ne cherchant pas à produire le moindre effet sur son interlocutrice ; pourtant, ces mots avaient de toute évidence fait écho chez Sybille Luneau, qui paraissait gênée et contrite. Le professeur Loewy l’observa avec un air soucieux et attendri et ce fut, finalement, un sourire presque rassurant qui marqua son visage.

Kristen voulait sincèrement aider Aude Luneau, car elle sentait qu’à elles deux, elles pourraient se faire plus fortes, et c’était aussi d’une certaine réciprocité dont la directrice de Poudlard avait besoin. Cependant, son expérience en relations humaines étant assez récente, elle n’aurait pas craché sur une aide extérieure pour parvenir à cet objectif. Sybille Luneau, d’ailleurs, avait l’air de ne pas tout à fait comprendre la chance qu’elle devait représenter pour Aude – si, du moins, Aude résonnait comme Kristen de ce point de vue aussi.


« Je vous l’ai dit. Vous êtes pour elle une chance exceptionnelle. »

Son air était très sérieux et son ton était catégorique. Elle baissa les yeux sur les nervures du bois, tentant de ne pas penser à nouveau à cette chance qu’elle, elle n’avait pas. En relevant les yeux, elle ajouta :

« Je ferai donc mon possible, mais je ne saurais me passer de vous. »

Le regard de la directrice de Poudlard se fit insistant, elle était légèrement penchée en avant, et elle attendit quelques secondes. Puis, un petit sourire naquit sur ses lèvres et elle se redressa. Elle saisit son sac et commença à se lever.

« Bon ! Il est temps pour moi de regagner l’école. Quand le chat n’est pas là…»

Elle passa son sac sur son épaule, bien moins soucieuse de sa discrétion qu’à son arrivée ici. Elle tâta ses poches et testa vaguement l’épaisseur de son sac, afin de confirmer qu’elle avait bien tout sur elle. Il aurait été fâcheux qu’elle ait égaré entre temps la raison de sa venue dans ce quartier. Elle soupira légèrement, repensant à la folie qu’elle avait faite. Les secrets qu’elle gardait étaient de plus en plus nombreux, le poids à porter de plus en plus lourd. Comme il devait être agréable et reposant d’être un saint !

Kristen reporta son attention sur l’élève de Beauxbâtons. Constatant l’heure et la fréquentation du lieu à cet instant, elle jugea préférable de ne pas laisser cette jeune fille seule. Bien qu’elle semblait avoir une grande confiance en elle et en la sécurité que lui procurait sa situation, Kristen n’était pas si convaincue du calcul. D’autant plus qu’avec son privilège de directrice, elle pouvait rejoindre Poudlard en un claquement de doigts, en transplanant. Si l’un de ces derniers voyages lui avait valu une petite cicatrice sous la mâchoire, elle pouvait malgré tout se vanter de maîtriser à la quasi-perfection ce moyen de se déplacer : l’autre fois, ce n’était qu’un accident, elle n’était pas dans son état normal.


« Je vous y emmène aussi ? demanda-t-elle avec un petit sourire, haussant un peu le menton. »

~ Draco dormiens nunquam titillandus.~
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Les mots du professeur Loewy s'entrechoquaient dans ma tête avec une brutalité inouïe. Une partie de ma personne ne pouvait se résoudre à être cette " chance exceptionnelle " tandis qu'une autre, plus effacée, continuait d'espérer qu'une telle chose fut seulement possible. La lutte entre ces deux idéologies serait âpre et douloureuse, longue et fatigante, mais peut-être qu'il en ressortirait un mieux pour moi et pour Mère. Le professeur Loewy semblait y croire, sans même réellement me connaître. A la manière d'un legilimens averti, elle semblait avoir la capacité de lire en moi d'un seul regard foudroyant. L'était-elle réellement ? Je ne pouvais le deviner. Sa magie écrasait de très loin la mienne et me laissait sans souffle et sans réponses face à une grande inconnue.

J'émergeais de mes songes, piquée par un mouvement inattendu. En retrouvant toute mon acuité visuelle, je trouvais le professeur Loewy debout, son regard doucement posé sur moi. Notre entrevue touchait à sa fin. Combien de temps s'était écoulé depuis son commencement ? Je n'en avais pas la moindre idée. Il me semblait avoir discuté durant des heures avec cette femme surprenante, mais peut-être que mon esprit fourvoyé se berçait d'une telle illusion pour magnifier ce qui n'avait été qu'un instant parmi tant d'autres. Je me levais et me glissais dans la chaleur douillette de mon manteau de laine en me demandant ce qu'il convenait de faire désormais. D'un côté, accepter la proposition qui m'était faite et ranger cette entrevue sur une étagère bien propre de ma conscience, d'un autre rentrer seule pour me donner le temps de réfléchir à tout ce qui venait d'être dit pendant que mes souvenirs étaient encore frais... quand brusquement, sans que je ne la vois poindre, une troisième solution émergea du néant. Une solution si perturbante que mon regard soutint longuement celui du professeur Loewy sans que mes lèvres ne puissent lui livrer la moindre réponse.

Devait-elle l'apprendre de moi ou de quelqu'un d'autre, plus tard ? Pour quelle raison le lui dire ? Était-elle réellement aussi digne de confiance qu'elle le laissait paraître devant moi ? Ma main se crispa autour d'une des fioles logées au fond des poches de mon manteau. Lisse comme le verre pour ne jamais froisser personne... ne jamais s'échauffer car froides sont nos pensées... Alors d'où provenait cette chaleur qui nouait peu à peu à mon ventre ? Toujours des questions, mais jamais aucune réponse. La fatigue commençait à avoir raison de moi.


« Professeur... »

Je m'entendis l'appeler comme si je vivais ça à travers un autre corps.

« Je n'ai pas été tout à fait honnête avec vous... »

Pourquoi le lui dire ? Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que mon cœur me le dictait. Sûrement parce que seize années d'un lourd silence venaient de trouver un écho inespéré. Le professeur Loewy l'apprendrait tôt ou tard, j'en avais la conviction. Mais je ne voulais pas que la vérité soit dénaturée, comme l'étaient tant d'autres choses qui gravitaient autour de Mère. La vérité pour ne froisser personne et n'avoir jamais à s'échauffer.

« Aude Luneau n'est pas ma tante. Je ne suis pas sa nièce. Elle a donné vie à une seule fille dans le plus grand secret... cette fille c'est moi. »

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Kristen accueillit la révélation avec un sourire chaleureux. Elle posa des yeux pleins de douceur sur cette jeune fille qui devait sans nul doute faire preuve d’une grande force de caractère au quotidien, pour résister au poids de tous les secrets qu’elle devait garder. Elle ne comprit pas réellement pour quelle raison Aude infligeait tout cela à sa fille, mais elle estima qu’elle devait avoir ses raisons et qu’elle le saurait un jour si le destin en décidait ainsi. La directrice de Poudlard n’était pas une adepte du « Pourquoi ? » Elle expira un petit rire et baissa les yeux. Au fond, la surprise n’était pas si grande ; s’il y avait eu un autre membre dans la fratrie, Aude n’en serait peut-être pas arrivée là où elle en était actuellement.

Ce n'était pas de la jalousie, mais plutôt de l'envie. Kristen enviait sincèrement Aude, qui avait une fille brillante qui s'inquiétait sincèrement pour elle, et semblait l'admirer plus que tout. Si elle ne s'en rendait pas compte, il fallait engendrer le déclic. La directrice se demanda si Owen pourrait un jour éprouver tout cela à son égard, s'il pourrait mettre de côté la rancœur de l'abandon et l'aimer comme un fils aime sa mère - car elle, elle l'aimait comme une mère aime son fils. Ce qui poussait dans son cœur à côté de l'envie, c'était l'espoir : anéantie par l'accueil qui lui avait été fait à Noël, elle sentait désormais un regain d'énergie face à la fille d'Aude. Owen était son fils, et personne ne lui prendrait ; jamais plus.

« Toutes les familles heureuses se ressemblent. Chaque famille malheureuse, au contraire, l’est à sa façon. »

Les termes « histoires de famille » sont si répandus de nos jours, à ce point surexploités qu’ils en perdent leur sens. On les emploie pour parler d’un déjeuner du dimanche qui s’est un peu mal passé, où la belle-mère a fait des remarques au gendre et où la grand-mère hésitait entre se plaindre perpétuellement de ses problèmes de santé ou du fait que bon sang, de son temps c’était pas comme ça, c’était tellement mieux avant ! Les histoires de famille les plus élaborées n’atteignaient même pas le suspense d’un mauvais polar. Ceux qui avaient vraiment des problèmes familiaux, autres termes employés à tort et à travers, n’en parlaient tout simplement pas et ne leur donnait pas de nom ; justement parce que ce qui est trop complexe n’intéresse plus personne. On raconte ce que les bœufs qui écoutent peuvent prendre la peine de comprendre ; on nourrit leur cerveau d’histoires inintéressantes que l’on amplifie pour qu’ils puissent dire à leur tour que vous savez quoi, il connait quelqu’un qui… parce que cela vous rend hautement intéressant de connaître quelqu’un qui.

Kristen, après avoir longuement fixé Sybille Luneau, tourna la tête et sourit à nouveau. Elle ferma les yeux dans un nouveau rire expiré et dit :


« Je ne sais pas pourquoi vous devez garder ce secret, mais j’imagine qu’il y a une excellente raison à cela. Même si c’est lourd à porter, je ne peux que vous conseiller de faire attention à ce que vous révélez. Après tout, je ne suis peut-être pas digne de confiance. »

Elle rit de plus belle et se passa la main dans les cheveux.

« Ah, mais si je ne suis pas digne de confiance, vous ne devriez peut-être pas suivre mon conseil ! C’est infernal ! »

La directrice mit ses mains dans ses poches et réduisit son sourire. Elle appliquait elle-même cette règle, c’était donc un réel conseil qu’elle venait de donner à cette jeune fille. On ne sait jamais qui se cache derrière le masque que les gens nous exposent.

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Le mal était fait. Si mal il devait y avoir. Mais le poids du silence s'était définitivement volatilisé avec lui. L'angoisse latente qui me comprimait autrefois la poitrine n'était plus. Les quelques barrières que j'avais pu dresser tout autour de moi depuis que j'étais en âge de comprendre avaient disparu. J'étais désormais libre, à ma façon. Comment une telle chose était-elle seulement possible ? Je l'ignorais. Je fixais le professeur Loewy en capturant chacun de ses faits et gestes comme si une partie de mon inconscient voulait conserver à tout jamais le moindre détail de cette scène. Sa réaction m'arrachait un sourire ; de ceux qui baignaient dans la sincérité pure.

Peut-être n'était-elle pas digne de confiance, en effet. Peut-être que tout ceci n'était qu'une vaste erreur. Mais quelque chose en moi, quelque chose que le professeur Loewy ne pouvait pas encore soupçonner, guidait chacun de mes pas. Les bons comme les mauvais. Le sang d'Aude Luneau coulait dans mes veines. J'étais la dernière héritière d'une très ancienne lignée de sorcières aux pouvoirs singuliers. Les Luneau étaient des illusionnistes de talent depuis des générations, mais personne parmi mes aïeux n'avait atteint les pouvoirs de Mère. Ce lourd héritage reposait déjà sur mes épaules. Kristen Loewy pouvait sans le moindre doute tromper qui elle voulait, mais pour rien au monde elle ne pouvait tromper une Luneau, à moins que celle-ci ne le veuille. Les choses étaient ainsi.

Je lui pris la main et en caressa le grain en parcourant du regard les lignes tracés par le Créateur, s'il devait y en avoir un.


« Mère croit que le Destin est tracé pour chacun d'entre nous. Le sien y compris. Toute sa vie elle a couru sur ses talons. Elle l'a cherché partout. Partout où il était humainement possible de le chercher... en vain. »

Les larmes me montèrent aux yeux. L'émotion me comprima le cœur avec violence. Nul autre que moi savait combien il lui en avait coûté et combien sa déception était grande maintenant que la lumière était faite. Le Destin existait bel et bien. On pouvait consacrer son existence à lui courir après, cela ne servait à rien. Le Destin était tout simplement là. A chaque instant, telle une ombre parmi les ombres.

Le Destin avait tranché pour elle, comme il tranchait pour tous. Tout ce que l'Homme avait à savoir sur cette affaire, c'est comment en accepter les conséquences.

« Si vous n'êtes pas digne de confiance, alors je ne suis peut-être pas digne de vous avoir confié la vérité. Si tel devait être le cas, je ne deviendrai tout au plus qu'un souvenir pour vous. »

Je laissais la main du professeur Loewy et entamais mon premier pas vers la sortie.

« Quelque chose me dit que les Luneau ne sont pas faites pour être des souvenirs, professeur. Toutes, à leur façon, souhaitent marquer durablement leur réalité. Les illusions n'existent que pour masquer les malheurs de notre existence. »

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Kristen avait sorti ses mains de ses poches. Par un regard et un geste, elle avait compris que la jeune élève de Beauxbâtons voulait effectuer un geste en particulier. Elle retira un gant de sa main saine et laissa faire cette très étrange manœuvre – c’était le cas de le dire ! Elle sonda Sybille, qui semblait très douce et minutieuse dans son entreprise. Elle cherchait quelque chose comme les lignes de sa main, comme si cela pouvait signifier autre chose que les plis créés quand on l’ouvre et la ferme. Kristen ressentait une grande émotion dans cette jeune fille. Qu’avait-elle déjà dû endurer, à son jeune âge ?

Ses mots, une fois de plus, eurent un écho en elle. Comme avec Aude, elle sentait qu’elle pouvait comprendre ce que voulait dire Sybille. Kristen, définitivement, avait une malheureuse affinité avec cette famille. Elle sourit à cette jeune fille qui semblait comprendre beaucoup de choses – peut-être même trop de choses pour son âge. Cela avait des chances de lui nuire : ce n’est jamais bon signe de parler comme un adulte quand on n’a que seize ans. La directrice de Poudlard baissa les yeux vers le sol et dit avec un sourire nostalgique :


« Nous finirons tous par n’être plus que des souvenirs, tant que… notre destin nous guidera vers la fin. »

Cette phrase pouvait faire un peu… gothique torturé, mais il fallait être un idiot pour en nier l’évidence. Tant d’embûches sont placées sur le chemin de certains d’entre nous, sans qu’on ne sache pourquoi, et au final, tous les chemins mènent à Rome ! nous courons tous à notre perte. Sans qu’on ne sache jamais pourquoi la vie aura privilégié ceux-ci et non ceux-là.

En relevant les yeux vers Sybille, elle plissa les yeux et lui offrit un sourire qui se voulait rassurant, après ces sinistres paroles.


« Alors au moins devons-nous faire de notre mieux pour que les personnes qui comptent se souviennent de nous en bien. »

Cela, c’était une chance, elle le sentait, qui ne lui serait pas offerte de sitôt. Elle avait déjà tout foutu en l’air, tant de fois. Pourtant, cet entretien avec Sybille Luneau et les réflexions qu’elle se faisait autant à elle-même qu’en guise de conseils pour cette jeune fille, finissaient presque par lui redonner espoir. Est-ce qu’elle devrait tenter sa chance, tenter de tout réparer, et surtout l’irréparable ? Faire de son mieux. C’était toujours une question de faire de son mieux. On en revenait à ce fichu destin, qui s’amusait à défaire tout ce qui avait été fait. Ou plutôt, chacun de nos actes faisait partie de son plan. Comme Œdipe qui croit le déjouer, et qui se précipite dans ses bras. Oui, la vie est une p… de tragédie. Kristen, en tant que Gryffondor, avait un sérieux problème avec ces imbéciles de stoïciens, clamant haut et fort leur superbe idéologie de l’Amor Fati. Une belle bande de flemmards. Abdiquer est un crime ; la lutte doit être permanente, le refus total, et les erreurs sont faites pour être réparées. Après tout, « il faut bien que quelqu’un torde le cou au destin. »

Sybille Luneau offrit un grand sourire à Kristen, hochant la tête. La directrice de Poudlard se sentait bien. Elle n’avait jamais vraiment parlé comme cela à qui que ce soit. Elles sortirent toutes deux, et de là, transplanèrent jusqu’à Poudlard, dans le couloir vide qui menait aux appartements des élèves de Beauxbâtons, une des tours réservées aux invités, pour les événements exceptionnels. Kristen sourit sincèrement à cette jeune fille, pendant que celle-ci s’inclinait respectueusement. La directrice en fit de même, baissant légèrement la tête, et conclut par ces mots :


« Merci pour cet échange, Mademoiselle. Au plaisir de vous revoir. »


- FIN -

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